Objets dessinés, objets collectionnés

 

Jean-Baptiste Muret a à la fois rassemblé les vues de milliers d’objets dans un « musée de Papier », et collectionné des centaines d’antiques pour son plaisir personnel. Ces deux activités de collecte sont évidemment liées, et c’est sans doute à partir des connaissances acquises en travaillant sur les collections du Cabinet des Médailles et en dessinant ces nombreuses œuvres de toutes provenances que Muret a pu constituer sa propre collection. Les liens entre les deux ensembles sont nombreux, mais ils ne sont pas systématiques. Tous les objets passés entre ses mains ne sont pas représentés dans les planches qu’il a dessinées. A l’inverse de Nicolas Foucault ou Thomas Burgon, il n’a pas ainsi documenté toutes ses œuvres (tout comme il n’a pas dessiné toutes les nouvelles acquisitions du Cabinet). On a identifié dans le Recueil les dessins de 164 objets sur les 564 aujourd’hui identifiés comme ayant fait partie de la collection Muret. Il semble plutôt que les deux ensembles se complètent, et parfois se répondent, les planches dessinées servant à comparer et identifier les œuvres de la collection, à les replacer dans des ensembles archéologiques, mais aussi à en rehausser le prestige (et peut-être le prix) en les comparant aux exemplaires des grands musées.

Mises en série

Pour les instruments, armes, etc., certains objets appartenant à Muret sont insérés dans les typologies : ainsi le « doigtier d’archer » de sa collection est dessiné à côté de huit exemplaires similaires des collections de la BnF et du Louvre ; les deux clefs de la pl. 176 du recueil n° 10 (ici et ) et prennent place au milieu des très nombreuses planches consacrées aux clefs et serrures.

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Les statuettes des figurines en terres cuites de l’Allier de sa collection et de celle de son ami Oppermann sont nombreuses dans la série du volume 3.

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Les planches sont aussi le lieu de la confrontation de ses objets avec d’autres exemplaires typologiquement proches, mais plus aboutis ou mieux conservés. Ainsi, son petit guerrier en bronze, assez sommaire, apparait sur cette planche, en haut à droite, à côté d’exemplaires plus travaillés de la BnF, notamment le grand guerrier de la collection Caylus.

Même quand l’exemplaire de la collection n’est pas dessiné, mais on trouve généralement une correspondance avec des séries typologiques : ainsi les haches néolithiques données au musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (MAN 23760-23762) dialoguaient avec les planches du recueil n° 8, pl. 80, 97, 113, 114, 121, 122 ; la cuillère romaine du MAN (23773) avec dans le recueil n° 10 les pl. 153, 154, 155 et 156. La hache en fer (23798), trouvé au jardin du Luxembourg, présente le même type que celle trouvée à Fains et dessinée dans le recueil n° 7, pl. 129.

Mise en valeur

L’exemplaire collectionné est parfois clairement mis en avant sur les planches. Ainsi, en I pl. 161, la petite figurine de terre cuite identifiée comme Atalante, provenant de la collection Raoul-Rochette est placée entre un détail d’un sarcophage en marbre du Louvre et une statuette en bronze du Cabinet des Médailles, et le texte ne parle que d’elle seule.

Son banqueteur est mis en série, en V pl. 29, entre deux exemplaires de musée, d’un du musée Napoléon III, l’autre de l’Ermitage, copié dans le luxueux ouvrage in folio et en couleur d’Alexis Ouvaroff, Recherches sur les antiquités de la Russie méridionnale et des côtes de la mer Noire, de 1855 (pl. XVIII.6).

Enfin, les deux petites têtes votives en terre cuite sont dessinées comme des « têtes de Junon » de part et d'autre de l’exemplaire conservé au Cabinet des Médailles, saisie révolutionnaire chez « l’émigré Créquy », grande famille de l’aristocratie d’ancien Régime.

Thèmes et typologies

Au-delà de la comparaison d’œuvre à œuvre, on trouve des points communs dans les thèmes abordés : ainsi, ce gout pour la représentation des animaux, qui occupent 133 planches et 684 objets. Les sujets mythologiques, si importants dans les planches, sont également importants dans la collection, avec quelques images rares ou intéressantes pour l’érudit : la péliké du peintre de Géras ou la néréide sur un hippocampe. On voit encore les mêmes ensembles sur les grotesques, les gladiateurs, les acteurs, les animaux fantastiques, les lampes romaines.

découvrir les autres planches dédiées à la faune

Cependant, si les thèmes sont similaires, les typologies d’objets diffèrent en partie. En effet, le bronze domine dans les dessins, quand la collection est surtout constituée de terres cuites. Cet écart peut s’expliquer d’une part par l’importance des bronzes de la collection du cabinet des médailles, et d’autre part par le fait que les figurines de terres cuites étaient plus nombreuses et moins onéreuses sur le marché de l’art de l’époque. Ainsi, on voit un certain nombre de tanagréennes, ou de têtes fragmentaires, parfois de belle facture, quand les quelques bronzes sont la plupart fragmentaires et très émoussés.

Muret dessinateur, Muret collectionneur : deux facettes qui témoignent d'un même intérêt pour une large variété d'objets archéologiques, relevant principalement d'une antiquité classique. Il est cependant difficile, devant le manque récurrent de sources directes, de comprendre l'articulation fine des deux ensembles entre lesquelles les correspondances se devinent à chaque objet, à chaque fragment.

 

Cécile Colonna

Pour citer cet article : Cécile Colonna, « Objets dessinés, objets collectionnés », dans Digital Muret, mis en ligne le 03/10/2022, https://digitalmuret.inha.fr/s/digital-muret/page/dessins_collection

 

Lire la suite : Description du Recueil.

Pour une étude la collection Muret : Portrait de la collection Muret.